L’image est devenue familière : des files de voitures devant les stations-service et des automobilistes à la recherche de quelques centimes de différence pour réussir à remplir leur réservoir. Mais derrière le prix affiché à la pompe se cache une réalité beaucoup plus profonde. Il y a des travailleurs qui calculent chaque trajet, des familles qui arbitrent leurs dépenses, des jeunes qui renoncent à certains besoins et des personnes âgées qui réduisent leurs déplacements.
Selon l’estimation provisoire publiée par l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté de 3 % sur un an en septembre 2026, après 2,4 % en août. Plus spectaculaire encore : les prix de l’énergie ont progressé de 21,2 % sur un an, sous l’effet notamment des produits pétroliers et du gaz. La question n’est donc plus seulement : combien coûte un plein ?
Elle devient : combien coûte aujourd’hui le simple fait de pouvoir aller travailler, accompagner ses enfants, se soigner ou rendre visite à ses proches ?
LA VOITURE : UN CHOIX POUR CERTAINS, UNE NÉCESSITÉ POUR D’AUTRES
Dans les territoires ruraux et périurbains, la voiture n’est souvent pas un confort. Elle est indispensable. Soignants, aides à domicile, ouvriers, artisans, salariés du BTP, agents d’entretien et tous ceux dont le métier ne peut être exercé à distance doivent continuer à se déplacer, quel que soit le prix du carburant.
Les chiffres de l’Insee sont particulièrement révélateurs.
En 2021, 2,2 millions de ménages, soit 10,6 % des ménages possédant une voiture, consacraient déjà au carburant plus d’un mois de leurs revenus disponibles annuels. Ces ménages particulièrement exposés parcouraient une distance médiane de 27 458 kilomètres par an, presque deux fois plus que l’ensemble des ménages disposant d’une voiture.
Et 37,8 % d’entre eux vivaient sous le seuil de pauvreté, contre environ 10 % de l’ensemble des ménages possédant une voiture.
L’Insee a également réalisé une simulation particulièrement éclairante : si les prix du printemps 2026 avaient été appliqués aux situations et revenus de 2021, 4,7 millions de ménages, soit 22,4 % des ménages possédant une voiture, auraient consacré plus d’un mois de revenus au carburant.
Dans les territoires ruraux, cette dépendance est encore plus forte : près de 90 % des actifs utilisent leur véhicule pour aller travailler, contre moins de 60 % dans les pôles urbains. Voilà la réalité derrière le mot « mobilité ».
Pour certains, prendre sa voiture est un choix. Pour d’autres, c’est la condition pour pouvoir travailler.
FAMILLES MONOPARENTALES : PORTER DAVANTAGE AVEC MOINS
Parmi les foyers les plus exposés figurent les familles monoparentales. Lorsqu’un seul adulte doit assumer le logement, l’alimentation, l’énergie, les déplacements et l’éducation des enfants, chaque hausse de prix réduit encore un peu plus la marge de manœuvre.
En 2024, 34 % des personnes vivant dans une famille monoparentale se situaient sous le seuil de pauvreté, contre 15,4 % pour l’ensemble de la population. Et la précarité ne se limite pas aux seuls revenus : début 2025, 30,2 % des personnes appartenant à une famille monoparentale étaient en situation de privation matérielle et sociale.
Derrière ces pourcentages se cachent parfois des choix impossibles :Faire le plein ou remplir le réfrigérateur ?Payer une facture ou financer une activité pour son enfant ?Prendre sa voiture pour aller travailler ou économiser encore quelques euros ? Une société ne devrait jamais considérer de tels arbitrages comme une fatalité.
NOTRE JEUNESSE : QUEL AVENIR LUI PROPOSONS-NOUS ?
Nos jeunes devraient pouvoir consacrer leur énergie à leurs études, leur formation, leur premier emploi et à la construction de leur avenir. Pourtant, eux aussi sont touchés. En 2024, 18,6 % des 18-29 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en France métropolitaine, contre 15,4 % pour l’ensemble de la population.
Pour les étudiants, le logement constitue notamment le premier poste de dépenses. Et pour ceux qui disposent de peu de ressources, l’augmentation du coût du logement, de l’alimentation, de l’énergie et des transports peut transformer les études en véritable parcours d’obstacles. Tous les jeunes ne connaissent évidemment pas les mêmes difficultés. Mais nous devons entendre ceux qui s’interrogent sur leur avenir. Une génération qui voit ses parents travailler davantage pour préserver parfois difficilement leur niveau de vie peut légitimement se demander : quelle place aurons-nous demain ?
NOS AÎNÉS : VIEILLIR DIGNEMENT, C’EST AUSSI CONTINUER À VIVRE
À l’autre bout de la vie se trouvent nos Aînés. Ils ont travaillé, cotisé, élevé leurs familles et participé à la construction de notre pays. Ils aspirent simplement à conserver une vie digne : se chauffer correctement, sortir, rendre visite à leurs enfants et petits-enfants et pouvoir encore se faire plaisir de temps en temps.
Tous les retraités ne sont évidemment pas confrontés à la pauvreté. Mais 10,4 % des retraités vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024.
Derrière cette moyenne se trouvent des petites retraites pour lesquelles quelques dizaines d’euros supplémentaires consacrés au chauffage, à l’alimentation ou aux déplacements peuvent modifier profondément le quotidien. Vieillir dignement ne devrait jamais signifier renoncer progressivement à vivre.
9 MILLIONS DE PERSONNES EN SITUATION DE PRIVATION
Il faut enfin regarder une autre réalité. Début 2025, selon l’Insee, 13,5 % de la population française hors Mayotte vivant dans un logement ordinaire, soit environ 9 millions de personnes, se trouvait en situation de privation matérielle et sociale.
Cela signifie concrètement ne pas pouvoir assumer financièrement au moins cinq besoins considérés comme importants dans la vie quotidienne : chauffer correctement son logement, acheter des vêtements neufs, remplacer des meubles usés, pratiquer un loisir ou encore faire face à une dépense imprévue. Ce niveau demeure supérieur à ceux observés avant la crise sanitaire.
REDONNER SA PLACE À L’HUMAIN
Les difficultés que nous traversons ne peuvent donc pas être réduites au seul prix du litre d’essence. Elles interrogent les salaires, les petites retraites, le logement, la fiscalité, les transports, l’accompagnement des familles monoparentales et l’autonomie de notre jeunesse. Elles interrogent aussi notre politique de mobilité. Lorsque les transports collectifs sont insuffisants ou inadaptés, la voiture devient indispensable. Et lorsque le carburant augmente brutalement, ceux qui ne disposent d’aucune alternative sont les premiers touchés.
Nous ne cautionnerons jamais la violence, d’où qu’elle vienne. Mais nous devons entendre les difficultés quotidiennes qui s’accumulent et peuvent finir par donner à certains le sentiment que, malgré leurs efforts, ils n’y arrivent plus.
Car la dignité ne devrait jamais être un luxe.
Pouvoir travailler. Pouvoir nourrir ses enfants. Pouvoir se chauffer. Pouvoir se déplacer. Pouvoir rendre visite à ses proches. Pouvoir envisager l’avenir sans craindre chaque nouvelle facture. Ce ne sont pas des privilèges.
Ce sont les conditions élémentaires d’une société qui veut rester fidèle aux valeurs qu’elle proclame.
QUELLE SOCIÉTÉ VOULONS-NOUS CONSTRUIRE POUR DEMAIN ?
Notre pays dispose de ressources, de compétences, d’innovations et d’une formidable capacité à agir. Il nous appartient de remettre l’humain au centre. Défendre ceux qui travaillent. Protéger ceux qui élèvent seuls leurs enfants. Accompagner notre jeunesse. Respecter nos Aînés. Et permettre à chacun de vivre dignement de son travail et de ses revenus.
Lorsqu’aller travailler devient trop coûteux, lorsque certaines familles doivent choisir entre plusieurs dépenses pourtant indispensables, lorsque des jeunes doutent de leur avenir et lorsque certains retraités renoncent aux plaisirs les plus simples de l’existence, nous devons collectivement nous poser une question :
Quelle société voulons-nous construire pour DEMAIN ? Nous restons convaincus que notre Nation possède un potentiel immense.
À nous de retrouver l’énergie, la solidarité et la volonté nécessaires pour construire un avenir dans lequel chacun pourra trouver sa place.
Souliman MOUKTADIR
Aide-Soignant – EHPAD Saint-Orens – Villebourbon